08 septembre 2006

Moule perlière

En parlant de diffusion culturelle, voici le genre de 'culture' que les rames du métro offrent journellement aux Parisiens :


C’est comment le Sri-Lanka ?
C’est vert
Et le Cameroun ?
C’est comme l’Auvergne, avec des girafes.
(Lauréat du 5e concours de poésie Ratp)

A côté de cestuy-là, au goût du regretté M. Devos...
Allez, on oublie tout, on oublie que ce texte est introuvable, même sur Google machin.
Et on lit. Tout ce que j'aime.
Sans plus de commentaire.


On est fort ému sur nos côtes normandes par les premiers essais qui viennent d’être faits d’une moule perlière. Il suffit, paraît-il, de placer une fausse perle à l’intérieur d’une moule pour que celle-ci, tout aussitôt surexcitée, secrète en quelques semaines une petite perle fort jolie et qui rappelle, à peu de chose près, la perle de l’huître. Ce seraît-là une véritable fortune pour nos pêcheurs normands. Ajoutons même que, dans les ports de guerre, les moules qui ont séjourné sur de vieilles coques en cuivre et qui sont dangereuses pour l’alimentation fournissent une perle dorée du plus bel orient.

A propos de ces moules perlières rappelons une anecdote amusante : lorsque le fait fut communiqué à l’Académie des Sciences, une petite revue provinciale qui s’intitule modestement Le Relèvement de l’élevage avait repris cette information d’une façon véritablement imprévue. Par suite, sans doute, d’une faute de transcription, le rédacteur agricole de cette revue avait compris qu’il s’agissait de poules merlières, et vous voyez d’ici les développements imaginés par ce folliculaire départemental ! D’après lui, la poule merlière, issue d’un judicieux croisement, sifflait comme le merle pour appeler ses petits, ce qui est plus gracieux que le caquettement habituel. Détail plus intéressant encore : elle pouvait siffler le chien de la ferme lorsqu’un renard s’apprêtait à dévaster le poulailler. Mais laissons ces folies et parlons de choses sérieuses.

Toujours à propos de ces moules perlières, il paraît que pour obtenir de bons résultats, la fausse perle provocatrice n’est pas indispensable. Il suffit d’exicter la moule en perçant un tout petit trou dans sa coquille et ces piqûres peuvent se faire très rapidement à la machine. Les moules piqués à la machine sécrètent tout aussitôt de la nacre autour du trou et produisent ainsi de jolies perles. Signalons, toutefois, que certains éleveurs cupides, ayant par trop multiplié les trous, les moules se sont contentées de produire de simples boutons de gilets de flanelle, ce qui est, on l’avouera, une leçon et un exemple.

Il convient de signaler dans le même ordre d’idées, deux inventions nouvelles issues de la moule perlière, plus réelles celles-là que la poule merlière et qui sont appelées, je crois, à faire quelque bruit.

Il s’agit tout d’abord de la poule perlière, utilisée dès maintenant par les pêcheurs normands pour récolter les perles artificielles que l’on développe dans la coquille des moules. En quelques heures, les intelligents gallinacés perchés sur les rochers, se saisissent des perles qu’ils aperçoivent dans les moules entrouvertes et qu’ils prennent naïvement pour de petits grains de mil. On peut ainsi, grâce à ces intelligentes bestioles, recueillir en une matinée des milliers de perles, dont la main de l’homme chercherait vainement à s’emparer au cours de chasses fatigantes et fastidieuses. D’un simple mouvement du bec, la poule pique la perle, l’avale, et il suffit ensuite de laver les sous-produits du poulailler pour que les braves pêcheurs normands recueillent le fruit de leurs peines.

A côté de ces poules perlières véritablement si remarquables, il faut également signaler les utiles services que rendent à la navigation les nouvelles moules perlières placées sur des dangereux récifs. Les marins ont déjà baptisé de ce nom les moules qui, percées de petits trous pour la culture des perles, rendent un son étrange, analogue au sifflement du merle. La moule percée de trous ressemble beaucoup à ce bizarre petit instrument de musique qu’on appelle ocarina.

Lorsque le vent souffle, lorsque la tempête fait rage, les moules percées de trous font entendre un sifflement sauvage qui avertit les navigateurs et écarte leurs nefs des dangereux récifs où elles allaient se briser. C’est ainsi que l’industrie nouvelle de la moule perlière rend de signalés services à l’humanité et l’on peut prévoir que dans un avenir prochain, les moules merlières remplaceront avantageusement les phares et les sirènes actuellement en usage.

Les chasseurs s‘intérèssent, un peu partout, à un nouvel appât qu’annoncent certains catalogues sous ce nom : perles pour lièvres.

Il s’agit d’une petite perle « en imitation » que l’on place dans les clairières et qui évoque par la forme, sinon par la couleur, l’aspect des sous-produits du lapin. Le lièvre, étonné par ces petites boules nacrées qu’il ne connaît pas, s’arrête, regarde, flaire, et rien n’est plus facile que de le tirer à ce moment-là. Notons, à ce propos, qu’il faut bien se garder de confondre la perle pour lièvres avec la moule perlière qui produit les perles moulières et avec les poules merlières dont nous vons parlé plus haut. Il ne faut pas confondre non plus avec les moules merlières imitant l’ocarina et les poules perlières qui évoquent douloureusement le souvenir de la charmante fable Le Coq et la perle et servent, on le sait, en qualité de poules merlières, à rechercher les perles artificielles que l’on cultive dans le moules. Ajoutons, enfin, que la même distinction s’impose avec les nouveaux merles pour lierre utilisés par les agriculteurs pour détruire les lierres qui étouffent les arbrisseaux et que l’on fait passer d’un arbre à l’autre, lorsque leur travail est terminé, en leur lançant des projectiles inoffensifs que l’on appelle les pierres molles pour merles.

Evidemment, à la réflexion, aucune confusion n’est possible, mais un simple ‘lapsus calami’ dans les commandes pourrait entraîner de regrettables erreurs.

Gaston de Pawlowski.

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